Guerre Commerciale : Huawei Et La 5G

Ou comment depuis plus de 30 ans, nous nous laissons persuader, gouverner et espionner par les nouvelles technologies dont les smartphones, tels que ceux de la marque Huawei. Cela a débuté grâce ou à cause de Jef Raskin, le spécialiste de l’interface personne-machine ingénieur chez Apple et créateur du Macintosh. Son fils Aza inventa, lui, le « scroll infini » qui permet de faire défiler des pages. Scroller permet ainsi de continuer à vous nourrir et à vous espionner alors que vous êtes déjà rassasié. En un mot vous rendre addict. Et qui dit addict dit transfert à l’infini d’informations quelques fois critiques pour l’entreprise.

Comment nos amis américains gèrent-ils ces problèmes d’espionnage ?

C’est assez simple. Nous, Français, nous ne pouvons pas nous passer d’eux en matière d’antiterrorisme. Il est donc hors de question d’ouvrir un conflit avec eux. Hors de question d’ébruiter les incursions dont ont été victimes Altran ou Airbus. Ces intrusions qui permettent d’adapter les régulations d’extraterritorialité juridique ou ITAR. Les US incluront de nouvelles clauses plus contraignantes qui peuvent servir à couper l’herbe sous les pieds des entreprises françaises.

Et on adore aussi les cabinets d’avocats anglo-saxons.

À noter aussi que nombre d’entreprises françaises font de plus en plus appel à des cabinets d’avocats anglo-saxons. Ceux-ci sont des connaisseurs incontournables des règlements d’extraterritorialités juridiques américaines. Ils ont bien sûr l’habitude des procédures US. Ce sont aussi les seuls avocats capables d’identifier certaines vulnérabilités telles que celles qui ont coûté cher à la BNP ou à Alstom. Il faut aussi noter que ces cabinets travaillent comme un service de police et sont des interlocuteurs privilégiés de la justice US. L’avocat partagera avec le ministère de la Justice US des informations souvent stratégiques et confidentielles. Mais ils sont bien sûr tenus au respect des règles déontologiques françaises…

Washington, le gendarme mondial

Par sa lutte contre la corruption, Washington est devenue le gendarme mondial des affaires. Néanmoins, les processus peuvent être obscurs et improvisés car la définition des délits peut être floue. On pourrait aussi être tenté de croire que les procédures intentées sont quelquefois liées aux intérêts d’entreprises américaines. Enfin les sanctions, dont les fameux « punitives damages », peuvent être disproportionnées.

Huawei aux USA

Les Américains accusent Huawei de fraude, d’espionnage et de pillage de technologies. Sur injonction de la CIA et du FBI , AT&T a cessé de vendre les téléphones Huawei aux USA. Il faut aussi se souvenir que les Américains ont commencé à s’intéresser à Huawei sous la présidence Obama. Cela à l’initiative du président de Cisco proche du président de la commission du renseignement de la chambre des représentants. Enfin les Américains déploient déjà le réseau de 5G aux USA.

Qu’ont fait nos amis britanniques ?

Les Britanniques ont, eux, une position assez ambiguë. Il s’est révélé que le HCSEC, censé analyser les produits Huawei pour y détecter les logiciels espions, était financé par Huawei. L’entreprise chinoise a aussi recruté il y a quelques années John Suffolk, ex-responsable de la cybersécurité à Downing street, Suffolk toujours en charge de la cybersécurité au Royaume uni…

Et que font donc nos amis chinois, dont Huawei ?

Avec eux, on fait face à un complexe militaro-industriel gouvernemental assumé. Et la 5G est une rupture technologique majeure. Celle-ci permet la transmission instantanée et continue à grande vitesse de volumes de data considérables. Celui qui maîtrisera la 5G pourra donc à tout instant siphonner voire détruire ces informations ou éventuellement interrompre la transmission. Ne vous méprenez pas, la 5G n’est pas une évolution de la 4G qui avait transformé nos smartphones, et de la 3G qui avait lancé l’Internet mobile. La 5G est une révolution. Avec elle, nous aurons une fiabilité à la milliseconde. Ce qui permettra de révolutionner la chirurgie à distance, l’autonomie des véhicules qui pourront communiquer entre eux, ainsi que bien sûr les industries et les médias.

Huawei, le deuxième constructeur mondial de smartphones

Indépendamment des équipements réseau, Huawei est aussi le deuxième constructeur mondial de smartphones . Il a vendu 200 millions d’appareils l’an dernier, soit 15% du marché. Samsung le leader annonce, lui, 320 millions d’unités. Enfin, il semblerait que le seul smartphone 5G qui soit prêtaujourd’hui soit celui de Huawei. Et que pour le moment, seul Motorola propose un accessoire connectable, mais moins sophistiqué. Les LG, Sony et Xiaomi coopèrent avec l’américain Qualcomm. Samsung, très présent dans l’IoT, présentera bientôt son produit. Apple, qui a un procès avec Qualcomm, semble accumuler les retards.

Huawei fut créé en 1987 par Ren Zheng Fei, un ingénieur de l’armée chinoise, membre du Parti communiste depuis 1980. C’est l’une de ses deux filles Meng Wanzhou qui fut arrêtée au Canada le 1er décembre dernier. Ce qui est dérangeant, c’est que cette entreprise semble totalement liée aux autorités chinoises. Autorités qu’on ne peut considérer comme globalement démocratiques. La constitution d’un énorme monopole digital est vraisemblablement déjà un danger pour la pseudo-démocratie chinoise, veillons à ce qu’il ne le devienne pas pour nous.

Surveillance de masse ou rating social

Bien sûr, Huawei est très privilégié sur son marché intérieur et bénéficie pour ses exportations de l’appui de la Bank of China. Il est le leader de la surveillance de masse ou « rating social » de la population chinoise. Demain, il est envisageable que les autorités chinoises améliorent votre « rating social » ou classement si vous utilisez un Huawei. Notons aussi que la 5G offre une infrastructure décentralisée qui demande de sécuriser chaque antenne relais et non plus seulement les cœurs des réseaux, ce qui présente aussi un danger. C’est donc 40 000 sites à équiper en France, une tache considérable pour l’ANSSI.

La 5G en France et en Europe

Il est facile de critiquer, mais quelles sont les alternatives ? Pour le moment, il n’y a pas encore d’acteur américain performant dans la 5G. Les acteurs européens, dont le suédois Ericsson et le finlandais Nokia qui a absorbé Alcatel-Lucent, ont semble-t-il deux ans de retard. En France, seuls SFR et Bouygues utilisent des équipements de réseaux Huawei. Néanmoins, Orange a déployé récemment une cinquantaine d’antennes 5G Huawei dans la région de Montpellier afin d’expérimenter cette technologie. De mémoire, Orange utilise du matériel 4G Huawei pour ses filiales en Afrique.

Quant au gouvernement, par un amendement récent à la loi Pacte, il impose aux opérateurs de demander une autorisation préalable pour tout déploiement de matériel et toute mise à jour de logiciel.

Faut-il devenir parano ?

Il faut aussi rappeler que nos spécialistes ne font pas toujours preuve de prudence. Nombre d’entre eux utiliseraient encore une adresse gmail. D’après un hebdomadaire, nos as de la cyberdéfense du Clusif  (Club de la sécurité des systèmes de l’information français) auraient mal verrouillé l’accès à leurs fichiers de cadres supérieurs de grandes entreprises, hauts fonctionnaires et militaires chargés de la sécurité informatique.  Soit 2 200 fiches et/ou coordonnées confidentielles comprenant adresses Internet et numéros de portables qui auraient été consultables par tout un chacun.

 

Bernard Jomard 
Entrepreneur, influencer, speaker. Président fondateur du Goldman Group.


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